Les Réfugiés de la clef de Fa.

Il y a maintenant quelques années lors d’une répétition, (avec le groupe Factory Strike* ) mon camarade Gilles Réa ( Al Hergie ) nous avait fait hurler de rire lors d’un déchiffrage .. qu’il avait réussit sans fautes!
Tres impressionnés, nous autres qui devions faire pareil (et avions quelque peu merdé) l’avions félicité pour ses qualités de lecteur.
Ce à quoi il nous avait répondu que lui… il n’était pas un réfugié de la clef de fa! (Etant le seul basssiste je suppose que cette blague me concernait).

Qu’il me soit donc permis de lui emprunter ce titre humoristique pour mon article destiné aujourd’hui à un sujet qui me tient particulierement à coeur:

L’accompagnement du / des solos de basse.

Nous bassistes / contrebassistes qui passons notre temps, (c’est notre métier) à accompagner les autres solistes et ce pendant de longs solos parfois interminables** …..
Nous autres dis-je sommes parfois surppris voir ahuris 🙂 par la manière, dont nos propres solos sont accompagnés!

Batteurs, pianistes, guitaristes sont les premiers concernés, mais pas seulement.

Vous connaissez la blague du couple qui ne se parle plus?
Ils vont voir un docteur, on fait rentrer un contrebassiste qui commence un solo et les deux époux se mettent à parler entre eux!
J’ai connu une époque ou les cuivres profitaient du solo de basse pour parler entre eux! (et pas forcément de musique)
Ce qui suit s’adresse bien entendu en priorité aux étudiants, mais pas seulement; Il y a parfois des évidences qui justement ne sautent pas aux oreilles de tous.
Les tres bons musiciens ne sont pas concernés.

Bien évidement on présuppose que le bassiste soliste est bon ..
Si c’est un agité de la phalange avec ego démesuré, qui veut évacuer sa frustration… ça risque d’etre compliqué.
( c’est un modèle courant mais pas uniquement à la basse )
🙂

En pratique, on peut tout simplement ne pas accompagner le bassiste et le laisser seul. Si il est d’accord c’est super.
Ex: Charlie Haden tres souvent (et avec un paravent en plexiglas)

Si on décide de l’accompagner, le registre de cet instrument implique de facto une attention particulière.
Le son grave étant naturellement plus difficile à distinguer, un changement dans le volume et le registre sonore s’impose et de même que pour l’usage d’un effet (une reverb par exemple) on doit l’exagerer;
Donc il ne suffit pas de baisser un peu le volume sonore des instruments accompagnateurs il faut le baisser beaucoup!
Soyez gentils, le basssiste vous a fait le time et les harmonies pour votre impro, à votre tour de l’aider et de le faire sonner.
Ne l’accompagnez pas comme si il était Paul Chambers ou Eddie Gomez, il est un autre!
Soyez à son écoute.****

Le basssiste à besoin de continuer d’entendre ce qu’il faisait pour les autres et qu’il ne fait plus …en particulier le time!
Donc comme dirait un ami. « Don’t fuck up the groove « voir les 10 commandements de la basse.

Batteurs, vous pouvez être tentés de passer aux « brushes « ..pourquoi pas.
Toutefois attention; le son des balais sur une caisse claire peut sonner plus grave et occuper plus de spectre sonore qu’une baguette bien utilisée sur une cymbale, et le grave + le grave c’est inaudible.
Si ça ne vous vient pas à l’esprit automatiquement ( ça devrait ) évitez de passer d’un tom à l’autre trop souvent, supprimez votre grosse caisse pendant le solo de basse! ( même pour les bossas ) évitez des rythmes trop chargés. « Don’t be busy » !
Une méthode très utilisée dans le be-bop: Jouer les baguettes sur la charleston.open/close etc etc …même si ça fonctionne tres bien ça n’est pas ma préférence car à mon sens on risque d’enfermer le soliste dans un style dont il est quasi impossible de sortir.(mais c’est un autre débat***)
Savoir jouer la cymbale à faible niveau sonore est l’accompagnement ideal, pour le basssiste, mais très difficile techniquement. En fait l’accompagner presque comme les autres mais moins fort 🙂
À ce sujet je ne peux m’empecher de penser à un super batteur marseillais qui sait faire ça fantastiquement bien et à tous les tempi: Jean-Pierre Arnaud!

Guitaristes, baissez votre volume exagérément ..évitez de jouer des accords trops graves et pitié supprimez en les basses! (ou ne les jouez pas trop fortes)
Fréderic Sylvestre superbe guitariste disparu aujourd’hui etait un veritable regal d’accompagnateur.

Pianistes & guitaristes évitez de jouez des mélodies pendant que le pauvre bassiste essaye lui d’en inventer;
Ça tombe sous le sens et pourtant.. 🙁
De même évitez de remplir inconsidérément les espaces créés / inventés par le soliste.
Si le basssiste joue une belle grosse note pourquoi en faire d’autres à sa place?
Le vide, le silence c’est bien, si un soliste en «fabrique« ne le démolissez pas.
À ce moment là c’est lui le soliste pas/plus vous !

Plus vous ferez Simple plus ce sera efficace et audible.
Jouer fort ou pas fort n’est pas forcément le problème; Jouer dans le son est plus important.

PS: Le bassiste à droit lui aussi à plus d’une grille de solo…vous n’êtes pas obligé de décider à sa place quand il a finit .. 🙂

*(Factory Strike= Dave Grusin = Grève d’usine)
**Pierre Boulez décrivait l’improvisation dans le jazz comme une immense masturbation intelectuelle..même si sa connaissance du jazz etait disons limité, il faut lui donner crédit que parfois ..)
Pierre Boulequiesce et son ensemble qu’entend pu rien vont vous interpreter le massacre du tympan . 🙂 
*** Trops de batteurs imaginent (à tord à mon sens)  que faire le  2 & 4 sur la Charleston est une bonne indication de tempo et le font trop fort, ou exagèrent  ..Il vaut mieux savoir jouer  correctement tous les temps sur la/une cymbale  et ensuite rajouter (ou pas) la charleston et pas forcément sur l’after beat, Ex: Tony Williams
**** Soyez vous-même, les autres sont déjà pris (Oscar Wilde) et surtout laissez les autres êtres eux mêmes. 🙂

 

 

5 réflexions au sujet de « Les Réfugiés de la clef de Fa. »

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